Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 06:43

Quelque part dans une maison calme
le soleil passe à travers les volets
et la poussière se croyant seule se met à danser
sans autre bruit que celui que fait un insecte.

Il y a bien au loin le cri d'un enfant
ou celui d'un chien oppressé de solitude.
Il y a bien, dans l'herbe, le pas d'une source
où la mer vient, en se cachant, prendre pied.

Il n'y a plus soudain dans le jour immense
qu'un bourdon désorienté qui se cogne aux carreaux
qu'un oiseau brûlé de soleil
qui retombe comme une feuille au milieu des blés.

Et la chambre plus profonde que le monde
se tient dans l'ombre auprès de la porte
avec un cœur qui a cessé de battre
parce qu'il n'y a plus de soleil dans les volets.

(Le Monde sans joie, 1945)
Par Lucien Becker - Publié dans : bôs poêmes de poêtes - Communauté : poésie en vrille et en vrac
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 06:41

Le cœur si mal audacieux
les pieds pris dans des flaques d'yeux
où va l'homme ?

Ne trouve pas son attirail
tout un pavé dans le poitrail
où va l'homme ?

Rêve de huttes de varech
de fin gibier non de pain sec
où va l'homme ?

Dit à l'épouse imaginée
le mot le plus clair de l'année
où va l'homme ?

Donne à l'ami de ses nuits blanches
le fruit de la plus haute branche
où va l'homme ?

Battu rompu cerveau lavé
salue encor la matinée
où va l'homme ?

Par Jean Sénac - Publié dans : bôs poêmes de poêtes - Communauté : Le repaire des dinosaures
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 17:14

    Je me sentais insouciant et fort ce matin dans mon pantalon de commando israélien
    acheté par correspondance. Là-haut, au Ranch de la Déveine, j'ai parlé
    aux corbeaux de ma voix de baryton, nourri les chats avec des gestes d'homme.
    Les épines d'acacia ne percent pas mon super futal. Puis, au-dehors
    près du corral, l'enfant chiot s'est mis à pleurer, abandonné.
    Je suis alors devenu une autre sur la terre d'un milliard de mères tristes.


    This morning I felt strong and jaunty in my mail order
    Israeli commando trousers. Up at Hard Luck Ranch I spoke
    to the ravens in baritone, fed the cats with manly gestures.
    Acacia thorns can’t penetrate these mighty pants. Then out
    by the corral the infant pup began to weep, abandoned.
    In an instant I became another of the Earth’s billion sad mothers.

(After Ikkyu, 1996,
trad. Jean-Luc Piningre : L'Éclipse de lune de Davenport...)
Par SDF - Publié dans : bôs poêmes de poêtes
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Dimanche 8 janvier 2012 7 08 /01 /Jan /2012 10:34

Le vieux pommier
était mourant depuis
plusieurs saisons,

les feuilles avaient
abandonné ses branches
moussues. En septembre

dernier, quatre petites
pommes courageuses
avaient essayé de mûrir
pour le sauver. Aujourd'hui,

on l'arrache - sa terre,
son ciel, encore plus
que nous, regrettent
qu'il s'en aille.

Par Richard Rognet - Publié dans : bôs poêmes de poêtes - Communauté : poésie en vrille et en vrac
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Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 08:29

Le travail de ne point mourir
À perte de vue et de peine
Occupe l'heure et la semaine
Et retient le cœur de courir

L'horizon s'essaie et s'efface
Au beau milieu de ce non-lieu
Où voyage silencieux
Le Temps qui passe pour l'Espace

J'entends tous les bruits qui se turent
Et des chevaux et des voitures
Et les pas de cent mille hivers

Vêtu de gris dur comme fer
Je mesure m'use et me dure
Je fus jadis un arbre vert

Par Gilles Vigneault - Publié dans : bôs poêmes de poêtes - Communauté : Poésie française
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