Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 07:55

    Le poème éploré se lamente ; le drame
    Souffre, et par vingt acteurs répand à flots son âme ;
    Et la foule accoudée un moment s’attendrit,
    Puis reprend : « Bah ! l’auteur est un homme d’esprit,
    Qui, sur de faux héros lançant de faux tonnerres,
    Rit de nous voir pleurer leurs maux imaginaires.
    Ma femme, calme-toi ; sèche tes yeux, ma sœur. »
    La foule a tort : l’esprit, c’est le cœur ; le penseur
    Souffre de sa pensée et se brûle à sa flamme.
    Le poète a saigné le sang qui sort du drame ;
    Tous ces êtres qu’il fait l’étreignent de leurs nœuds ;
    Il tremble en eux, il vit en eux, il meurt en eux ;
    Dans sa création le poète tressaille ;
    Il est elle, elle est lui ; quand dans l’ombre il travaille,
    Il pleure, et s’arrachant les entrailles, les met
    Dans son drame, et, sculpteur, seul sur son noir sommet
    Pétrit sa propre chair dans l’argile sacrée ;
    Il y renaît sans cesse, et ce songeur qui crée
    Othello d’une larme, Alceste d’un sanglot,
    Avec eux pêle-mêle en ses œuvres éclôt.
    Dans sa genèse immense et vraie, une et diverse,
    Lui, le souffrant du mal éternel, il se verse,
    Sans épuiser son flanc d’où sort une clarté.
    Ce qui fait qu’il est dieu, c’est plus d’humanité.
    Il est génie, étant, plus que les autres, homme.
    Corneille est à Rouen, mais son âme est à Rome ;
    Son front des vieux Catons porte le mâle ennui.
    Comme Shakspeare est pâle ! avant Hamlet, c’est lui
    Que le fantôme attend sur l’âpre plate-forme,
    Pendant qu’à l’horizon surgit la lune énorme.
    Du mal dont rêve Argan, Poquelin est mourant ;
    Il rit ; oui, peuple, il râle ! Avec Ulysse errant,
    Homère éperdu fuit dans la brume marine.
    Saint Jean frissonne : au fond de sa sombre poitrine,
    L’Apocalypse horrible agite son tocsin.
    Eschyle ! Oreste marche et rugit dans ton sein,
    Et c’est, ô noir poète à la lèvre irritée,
    Sur ton crâne géant qu’est cloué Prométhée.
     
   

Paris, janvier 1834.
Par SDF - Publié dans : bôs poêmes de poêtes - Communauté : Poésie française
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Commentaires

Il est bon de retrouver les maîtres

 

merci

 

amicalement

 

Philippe

Commentaire n°1 posté par Philippe le 17/04/2011 à 17h10

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